C'est quand comme t'es à 6 dans une voiture, sous des duvets, prêts à prendre la fuite pour nulle part, et que tu sais pas trop comment t'es arrivé là, ni comment tu partiras. Tu te sens juste comme dans un roman de Céline. Et tu viens de finir ce fichu concours blanc.Et que tu savais pas placer Grenoble, alors en riant avec Annabelle, tu traces des autoroutes avec le même enthousiasme que celui avec lequel tu traces ton bout de chemin. Sauf que le tien il va plus loin, tellement plus loin. C'est comme quand tu sèches pour la première fois, juste comme ça, pour méditer sur le fait que tu pourrais être insociable, médisante et perverse, alors t'écoutes en boucle une chanson des pixies, et tu manges des tartelettes à la fraise jusque parce qu'il se pourrait bien que tu sois insociable, médisante et perverse. c'est comme quand tu te peins le visage en bleu, et qu'en fait tu sais plus trop qui tu es. On dit que la plus grande erreur, c'est de croire que le bonheur c'est le but. Ses talents de footballeur ne serviront pas à ça, d't'façon il est défenseur. Y'a pas de but. On prend tous le chemin vers la même direction, on choisit pas les mêmes détours, c'est tout. Moi j'ai pris l'avenue J , J comme Julie, comme Je t'aime, comme Jésus il est mort demain, comme J306, comme un JMJ effacé, broyé, piétiné, oublié, J comme Jardin, javanaise ne vous déplaise, jeu, jazz-band, joie, jouissance, jubilation, jalousie, jeunesse, jus d'abricot, de raisin, de pomme, d'ananas. Avenue J. Et à pieds. J'ai pas le permis, et je l'aurai pas. Ce serait plus rigolo en tapis volant. Ou en volant de ses propres ailes. mais j'suis comme ces oiseaux qui ont le vertige. j'aimerais aller aussi vite qu'une fusée. Ou une étoile filante. Et j'irai me poser sur la lune. Je crois que je suis fatiguée. Qu'elles sont trop loin de moi, que les essais de Montaigne font trop 1700 pages, que la grammaire grecque est trop dure, et que je lui ai quand même envoyé un message pour son anniversaire. j'ai essayé la méthode Isy mais j'ai toujours un vague à l'âme. Et j'ai encore un problème avec les muffins.
mais je vais de l'avant tout au long de ma grande avenue. Parce que ça résonne comme des pas perdus, que des gamins traversent la rue sans regarder, qu'au milieu y'a des amoureux qui se bécotent sur les bancs publics, et y'a l'épicerie de Monsieur Colignon, tête à gnon, la grande surface vend juste des free hugs, on sirote des pina colata au bar dans l'insouciance, on a les joues rouges et on rit, ou des sex on the beach, et on aimerait goûter alors on demande il est comment ton sex, je peux boire la mousse de ton sex, et on rit, parce que c'est drôle ce jeu de mots, et qu'on est jeune et insouciant, et y'a brad Pitt qui se balade. Au bout de la rue, y'a la mer, y'a la montage, y'a des déserts, et du sable mouvant, y'a le marchand de ce sable qui distribue des rêves où on rêve pas qu'on est alcoolique, au bout de l'avenue, oui y'a l'infini. Et cette avenue est si bruyante de rires, de mots d'amour, de notes de musique, que ça pue la poésie. Comme mon coeur voudrait que ça pue la poésie. J'aime quand il pose ses mains sur ma robe en soie, sur moi.